COUPABLE OU INNOCENT ?

 

LES FAITS :

Information :

Compte-tenu de la complexité de cette affaire, il est impossible de la développer ici correctement en seulement quelques lignes. Je ne peux que la résumer de façon très succincte :

          De toutes les polémiques liées à Henri Charrière, celle-là est la seule qui n’aura sans doute jamais de réponses claires et définitives.

          Je rappelle qu’il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité pour homicide volontaire sans préméditation, mais sans circonstances atténuantes. Que ce verdict a été prononcé sans aucun aveu de la part de l’accusé, sans aucunes preuves, sans avoir retrouvé l’arme du crime, et avec un seul témoin trouvé par les services de police à la fin de l’instruction, témoin reconnu par beaucoup comme assez douteux…
S’il avait été jugé à l’anglo-saxonne, où une preuve est nécessaire, H. Charrière n’aurait jamais été condamné. Mais en France, il a suffi de l’intime conviction des jurés qui ont estimé, à tort ou à raison, mais au vu des résultats de l’instruction, qu’il était coupable du meurtre de Roland Legrand.

 

Article de presse de Police-Magazine du 9 août 1931 : H. Charrière à son procès.

Article de presse de Police-Magazine du 9 août 1931 :
H. Charrière à son procès.

 

          Lorsqu’H. Charrière revient en France de façon glorieuse en 1969, et puisqu’il clame toujours son innocence, certains journalistes se pencheront de nouveau sur les procès de 1931, et tenteront d’obtenir des preuves, ou, à défaut, des réponses fiables.

          Ils n’y arriveront pas.
Le reporter Georges Ménager écrit même un livre intitulé :
« Les quatre vérités de Papillon. »
Cet ouvrage présente, grâce à la complicité d’un commissaire divisionnaire, l’enquête de police de 1930. Les extraits présentés, très subjectivement sélectionnés, tentent de démontrer la culpabilité de l’accusé. Mais comme il n’apporte aucun élément nouveau qui pourrait prouver un tant soit peu sa culpabilité, ce livre n’apprend finalement rien de plus que ce que l’on savait déjà en 1930.
Ecrit uniquement à charge bien sûr, il comporte de surcroît de nombreuse erreurs, tant sur le plan historique que sur celui de la personnalité d’H.Charrière.

          La piste qui parait finalement la plus sérieuse depuis le début de cette affaire ne vient ni des services de police, ni des journalistes, mais de l’auteur reconnu du Milieu : Auguste Le Breton. Celui-ci présente sa version dans son ouvrage de mars 1991: « Ils ont dansé le Rififi. » D’après lui, H Charrière est bien coupable du meurtre de Roland Legrand, pour les raisons suivantes :

          Roland Legrand, officiellement charcutier, officieusement souteneur, faisait courir des rumeurs sur le fait que Papillon était un indicateur de police, information démentie des décennies plus tard.
S’il voulait laver son honneur et continuer à vivre à Paris, Papillon n’avait pas d’autres choix que de régler ce problème. L’explication entre les deux hommes aurait « dérapée » et le coup serait parti….sans préméditation et sous le coup de l’impulsion. La volonté de Papillon était de blesser Roland Legrand, selon les règles du Milieu lorsqu’on voulait régler ce type de différent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a laissé deux camarades transporter le blessé auprès d’un taxi pour l’emmener à l’hôpital le plus proche.
Simple règlement de compte du Milieu, comme il y en avait très souvent à cette période-là.
Cette version, qui est celle du Milieu, aurait été confirmée par H.Charrière lui-même à Auguste Le Breton en 1969.
Cette hypothèse est non seulement possible, mais probable compte tenu du fait qu’Auguste Le Breton n’avait pas de différents avec Papillon, pas plus dans les années 1930 que dans les années 70. Il l’a même défendu au cours de la conférence de Presse du Lutécia à Paris, en affirmant qu’H.Charrière n’avait jamais été indicateur de police et que cette rumeur était totalement infondée. Compte-tenu de sa connaissance approfondie du Milieu, personne n’a contesté ses propos. Il ne livre d’ailleurs cette information que bien plus tard, en 1991, comme l’ultime épilogue de cette affaire en quelque sorte.

 

Dessin d’H. Charrière à son procès.

Dessin d’H. Charrière à son procès.

 

COMMENTAIRES :

          Même si les propos d’Auguste Le Breton paraissent crédibles, le doute persiste.
En effet, H. Charrière est décédé en 1973. Il aura toujours clamé son innocence, jusqu’à ses derniers jours, sans jamais changer de version.
Aucune preuve supplémentaire n’étant venue éclaircir ce dossier depuis 1931, il est aujourd’hui impossible d’avoir une certitude sur cette affaire. Un avis bien sûr, une « intime conviction » peut-être….mais pas davantage. Papillon a bel et bien emporté ce secret avec lui.

          L’étude de l’instruction démontre quelques irrégularités. Sur ce point, il est également possible que les services de police, convaincus de la culpabilité du prévenu, mais sans en avoir la preuve et sans éléments solides, aient organisé l’enquête de façon assez douteuse afin de pouvoir le faire condamner tout de même.
Le déroulement des deux procès aux rendus si différents est également assez curieux, et pose de nombreuses questions sur l’objectivité et l’impartialité de la justice.

          Enfin, tous les protagonistes de cette affaire ont estimé, dès l’issue du procès, que la sanction était d’une grande sévérité. Avis partagé même par le policier chargé de l’enquête, l’inspecteur Mayzaud :

« A mon avis, lorsqu’il a tiré, Charrière n’avait pas l’intention de tuer. Je vous l’ai dit : c’était un hâbleur, un type qui aimait se rendre intéressant, qui n’avait pas encore été accepté par le milieu. C’est pour cela qu’il portait souvent une arme. Il a dû vouloir intimider son adversaire ou lui faire peur. Aussi la condamnation à perpétuité était-elle lourde à mon sens. »
Gérard de Villiers. Papillon Epinglé. 1970.

          Nous sommes donc face à une affaire complexe et inaboutie, ayant laissé de nombreuses questions sans réponses. Si la thèse donnée par Auguste Le Breton est probable, il est malgré tout impossible d’avoir une certitude sur la culpabilité ou non d’H. Charrière concernant le meurtre de Roland Legrand.