QUI EST L’AUTEUR DES LIVRES ?

 

LES FAITS :

          Une fois le doute installé sur l’honnêteté d’Henri Charrière, sur va version donnée de sa vie au bagne dans PAPILLON, certains journalistes se sont mis à douter qu’il soit l’auteur de l’ouvrage. En effet, comment un ancien bagnard pouvait-il avoir ces capacités littéraires, au point d’être encensé par les plus grands, d’être comparé à Grégoire de Tours par l’académicien Jean-François Revel ?

          Une nouvelle polémique était née.
Celle-ci n’aura pas l’ampleur de celle concernant la véracité des aventures racontées dans son livre, notamment parce que des réponses suffisamment crédibles seront apportées rapidement :

          Rita, son épouse, dont la moralité n’a jamais été contestée, a dit à maintes reprises qu’Henri avait bien écrit son livre lui-même. Qu’il n’avait fait que cela pendant plusieurs mois, presque jour et nuit, au point de la laisser seule pour s’occuper de leur dernier établissement « Le Scotch-Club. »

          De nombreuses personnes à Caracas l’ont également affirmé, dont son ancien associé de « Ma vache et moi » Henri Wilkins dit Bobby. Il évoque les faits en 1969 pour Gérard de Villiers :

« …Pourtant nous sommes restés très amis et je crois que je suis le premier à avoir vu son livre. Un jour, il débarqua chez moi avec deux gros cahiers sous le bras vers huit heures du soir. Il me dit :
– Je voudrais que tu lises ça et que tu me dises ce que tu en penses.
Il repartit en me laissant les cahiers. Je les ai lus. C’était le début du livre Papillon et je trouvai cela très intéressant. Je le lui dis en les lui rendant quelques jours plus tard.
– J’ai eu l’idée d’écrire ça, me dit-il, après avoir lu « l’Astragale », qui est un bouquin de cavale. Je ne vois pas pourquoi je ne ferai pas aussi bien.
Et à partir de ce jour, il se mit à écrire comme un fou. Tous les après-midi, il allait s’installer presque en face de chez lui, à une table de la cafétéria de Chaquaito, et il écrivait jusqu’ à dix-sept heures du soir…. »

 

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Courrier d’H. Charrière à son neveu Jacques Bourgeas. Présentation des chapitres du livre Papillon qu’il commence à écrire.

Courrier d’H. Charrière à son neveu Jacques Bourgeas.
Présentation des chapitres du livre Papillon qu’il commence à écrire.

 

          Robert Laffont et Jean-Pierre Castelnau le confirmeront également à plusieurs reprises.
L’éditeur me confiera ses certitudes sur le sujet à l’occasion d’une de nos rencontres à Paris.
Il m’a dit « n’avoir que très rarement constaté d’osmose aussi grande entre un auteur et son livre, et qu’il était bien placé pour sentir ces choses-là en tant qu’éditeur. »
Il m’a également précisé que PAPILLON avait évidemment été corrigé, notamment pour reprendre certaines confusions entre français et espagnol, mais, « pas plus que beaucoup d’autres ouvrages …. » Il m’a affirmé que cette polémique était totalement fausse, et que pas plus Jean-Pierre Castelnau que Max Gallo parfois cités n’ont réécrit le livre.
Bien sûr, certains peuvent douter de ces propos puisque Robert Laffont était l’éditeur d’H. Charrière et qu’ils ont entretenu par la suite une relation amicale qui dépassait le cadre professionnel. Alors, pour les plus sceptiques, laissons la parole à son meilleur détracteur : Gérard de Villiers, qui ne peut pas être accusé de complaisance vis-à-vis de Papillon.
Voici ce qu’il dit dans Papillon Epinglé :

« Une chose est en tout cas certaine. C’est bien Henri Charrière qui a écrit son livre.
Lorsque je me trouvais chez lui, à Caracas, il m’a montré les fameux cahiers sur lesquels il a rédigé son manuscrit. Au hasard, j’ai pris des pages du manuscrit pour voir si elles correspondaient à celles du livre. Les textes sont identiques, à de minuscules altérations près, telles que des virgules ou des mots changés. Mais il est certain que le texte n’a pas été réécrit.
Rendons à César ce qui appartient à César. Henri Charrière est l’unique auteur de « Papillon ».

          Ce n’est finalement qu’après l’écriture de BANCO que les polémiques vont cesser.
En effet, pour éviter de nouvelles contestations, H. Charrière a pris soin, non seulement de conserver précieusement les manuscrits originaux de son dernier livre, mais de les présenter à tous ceux qui voudront faire des comparaisons avec l’ouvrage édité.
Il n’y aura pas de contestations cette fois-là.

          Malgré tous ces témoignages, toutes ces vérifications, il se trouve encore des personnes qui doutent.

          Je pense à Philippe Schmitz, auteur de l’ouvrage suivant :
« Matricule 46635 L’extraordinaire aventure du forçat qui inspira Papillon »
Je l’ai rencontré quelques fois en 2002, à l’époque où je commençais ma recherche sur H. Charrière et où lui publiait son livre sur René Belbenoit. Malgré ma sympathie pour lui, je ne peux m’empêcher de penser que sa recherche de la vérité poussée à l’extrême l’amène à des conclusions pour le moins « tirées par les cheveux » :

« La conclusion de Gérard de Villiers ne laisse aucun doute…même si elle nous semble un peu rapide. Nous observons en effet que le fait qu’Henri Charrière produise des manuscrits correspondant exactement au texte du livre « Papillon » ne prouve en aucune façon qu’il en soit le véritable auteur. De même, De Villiers eût-il vérifié ( ce qui n’a de toutes façons pas été le cas ) que l’écriture de ces manuscrits était bien celle d’Henri Charrière, cette vérification n’aurait rien prouvé non plus, puisque celui-ci aurait évidemment parfaitement pu les recopier. Donc, De Villiers n’a rien prouvé non plus quand à la paternité de Charrière sur le personnage de « Papillon ». Seule une expertise sémantique et syntaxique serait peut-être à même d’enlever le doute, qui comparerait le texte du livre à celui d’autres documents dont Charrière serait indiscutablement l’auteur, sans avoir besoin pour cela du manuscrit. »

          Très franchement, et malgré l’estime que j’ai pour Philippe Schmitz, je trouve que ce raisonnement très rigoureux, quasi scientifique, frôle dans ce cas l’absurde. Car, en effet, si on pousse encore cette logique, on pourrait également dire que le fait de voir écrire directement H. Charrière ne signifie rien non plus, car il aurait pu auparavant apprendre un texte par cœur qu’il recopierait ensuite devant les journalistes !

          Je pense également à cet article de Paris-Match de la semaine du 12 au 18 juillet 2012, écrit par François Pédron, qui relate complaisamment toutes les critiques faites à H. Charrière : J’en cite l’extrait suivant :

« Comment un ancien mac qui savait à peine signer son nom avait-il pu rédiger le plus fantastique roman d’aventures, baptisé « Récit » dans une collection dont les directeurs littéraires comptent parmi les meilleures plumes fantômes de Paris…. »

          Outre le ton très déplaisant utilisé tout le long de l’article, où l’ironie le dispute au cynisme, il est assez singulier de le voir utiliser dans un hebdomadaire qui avait à ce point couvert médiatiquement Papillon quelques années plus tôt….

 

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COMMENTAIRES :

          Je n’ai pas vu les désormais célèbres cahiers d’écoliers, que ce soient ceux de PAPILLON ou BANCO. Ils ont disparus à l’occasion de l’inondation d’un garage dans lequel ils étaient entreposés.
Je suis personnellement convaincu de la crédibilité des propos de ceux qui ont attesté qu’H. Charrière était bien l’auteur de ses livres, qu’il s’agisse de Rita Ben Simon, de Robert Laffont ou de Gérard de Villiers par exemple. Mais puisque le doute demeure pour certains, et afin de lever toute ambiguïté sur ce sujet, j’ai réalisé ce que Philippe Schmitz souhaitait comme preuve irréfutable, c’est-à-dire l’étude des écrits d’H. Charrière.
Je possède de lui des dizaines de courriers adressées à Rita, à ses neveux et nièces, à Robert Laffont, à d’anciens ou nouveaux amis…. Je retrouve dans sa correspondance non seulement les mêmes mots, les mêmes expressions parfois que celles utilisées dans ses livres, mais aussi et surtout, le même ton, précisément la même empreinte !

          Pour résumer ce chapitre et mettre un point final à cette polémique infondée, on peut dire avec certitude que :

– Les témoignages de ses proches et de ceux qui l’ont vu écrire à Caracas.
– Les propos de Robert Laffont et Jean-Pierre Castelnau.
– La conclusion de Gérard de Villiers.
– L’étude de ses écrits que j’ai effectuée.

attestent, et prouvent pour ceux qui en ont besoin, qu’H. Charrière est incontestablement l’auteur de ses ouvrages.